Altiplanigraphe D.S. de LAVAUD

L'altiplanigraphe est apparu pour la première fois dans la presse, dans le mensuel :

LA SCIENCE ET LA VIE

(prédécesseur de SCIENCE ET VIE) n°59 d'octobre 1921 p. 465

http://science-et-vie.

Nouvel instrument pour des levés topographiques : l'altiplanigraphe D.S. de Lavaud

Le procédé dit "à fil perdu" appliqué à l'altiplanigraphe fera l'objet d'une suite dans le n°62 d'avril 1922 p. 550

 

Suit l'article du Journal des Géomètres-Experts Français n°13 de janvier 1922 p. 12 sous la signature de René DANGER, sommité de la profession.

L'ALTIPLANIGRAPHE

de M. Sensaud de Lavaud

Nous signalons à nos lecteurs un appareil destiné aux relevés topographiques, d'une originalité indiscutable. Il a pour but d'enregistrer le plan du terrain au travers duquel le topographe chemine. Cet enregistrement se fait sur un cylindre, comme on enregistre une courbe de température. L'emploi de cet appareil supprime un nombre considérable d'impédimenta et rien qu'à ce titre, il mérite qu'on s'attache à son examen. Nous allons ici reproduire les renseignements que nous possédons. Il sera tout à fait intéressant de suivre les résultats qui seront communiqués par ceux qui l'emploieront.

Fig. 1. Vue de l'altiplanigraphe D.S. de Lavaud dans sa boîte de protection

Fig. 2. L'opérateur porte l'altiplanigraphe devant lui au moyen d'une courroie passée derrière son cou. Un câble mesureur de distance, tiré par un aide, se déroule d'une bobine à ressort enfermée dans l'appareil. Il suffit à l'opérateur de se rapprocher de son aide pour obtenir l'enregistrement automatique, sur deux tambours, des traces de la planimétrie et de l'altimétrie relatifs au chemin parcouru : en répétant cette opération autant de fois qu'il sera nécessaire, on obtiendra le tracé de tout le terrain à relever.

Fig. 3 Un tambour 4, recouvert d'une feuille de papier se déplace en roulant, dans le sens longitudinal a b, par l'intermédiaire des galets 5, sur un axe 1 pivotant dans deux paliers 2 et 3. Le tambour peut tourner sur lui-même, jusqu'au roulement longitudinal, en passant par tous les mouvements hélicoïdaux intermédiaires. Un léger jeu au fond des paliers 2 et 3 permet à tout l'ensemble de reposer par son poids sur le galet 6 : donc, tout ce mouvement de rotation imprimé à ce galet est transmis à friction au tambour 4, suivant la direction occupée par la chape 7 dans laquelle tourne le galet. Quand le galet 6 occupe ; 1° la position a b, le tambour 4 roule longitudinalement sur son axe 1 ; 2° la position c d, le tambour engendre deux hélices inversées. En déroulant du tambour le papier sur lequel ces hélices sont tracées par le stylet 8, on obtient des droites de longueurs et de directions correspondant au développement partiel et à la direction du galet 6 pendant sa rotation.

Fig. 4. Le galet 6 peut occuper une position constante suivant la droite N S (Nord-Sud), pendant que l'axe a b du tambour 4 est dirigé perpendiculairement à une ligne de mire C D, on peut ainsi obtenir la rotation de ce tambour sous un angle A, variable, et correspondant à l'angle B que ferait l'aiguille d'une boussole avec la ligne de mire C D. En résumé le point D et la droite N S, perpendiculaire à la génératrice du galet 6, représentent respectivement le point de visée et l'aiguille aimantée. L'orientation constante du galet dans la direction Nord-Sud est obtenue par la liaison d'une boussole 9 avec la chappe 7, au moyen des 3 roues dentées 10, 12 et 11, comportant le même nombre de dents et calées de telle manière que les directions N S du galet et N' S' de l'aiguille restent constamment parallèles. Le point de repère 0 tracé sur un plateau solidaire de la roue 11, est toujours maintenu en présence du pôle nord de l'aiguille, pendant le déplacement de la ligne C D.

Fig. 5 Pour obtenir les indications relatives à l'altimétrie, on a recours à un second tambour parallèle à celui de la planimétrie ; l'axe a b de ce dernier occupe donc une position constante par rapport à la ligne C D, primitivement déterminée par l'orientation planimétrique. Le galet 6 prend des positions différentes correspondant à l'inclinaison de la ligne de mire, c'est-à-dire que la droite E F, perpendiculaire à la génératrice du galet, fait tourner le tambour 4 sous un angle B, formé par la ligne de mire C D, et par l'horizontale C G. Ces orientations correspondantes sont obtenues par la liaison d'un levier 13, au moyen de deux roues d'angles 14 et 15, comportant le m^me nombre de dents, et calées de telle manière que la direction E F, du galet corresponde à la direction C D, du levier 13 ; l'extrémité de ce levier est donc nécessairement situé sur la ligne de mire C D.

Fig. 6. Mode de commande des galets enregistreurs Un câble 16, enroulé sur une poulie 17, et renvoyé par les intermédiaires 18 et 19 dans la direction C D, sert à la fois de ligne de mire et d'organe de commande des galets enregistreurs 6. Quand on tire le câble par son extrémité D, la rotation de la poulie 17, entraîne le cliquet 20, mais, dans ce sens, le rochet 21 reste immobile et n'a aucune action sur les galets à friction 22 et 23. Le câble, tendu sur une longueur de 50 à 100 mètres, représente la ligne de mire, et son extrémité D le point de visée. C'est à ce moment que l'orientation des galets 6 doit être réglée; d'abord en orientant l'extrémité D du levier 13, suivant l'obliquité altimétrique et la direction planimétrique de la ligne de mire C D, puis en orientant le repère 0 du plateau de la boussole sur le pôle nord de l'aiguille aimantée. Les galets enregistreurs prennent respectivement leurs positions angulaires correspondantes sur les tambours 4. En rapprochant l'ensemble du mécanisme du point fixe, et en mettant l'extrémité A du levier 13 en contact avec la ligne de mire, le ressort antagoniste 21 fait enrouler le câble 16 sur la poulie 17, comme le montre cette figure : le cliquet 20 entraîne le rochet 21 qui transmet son mouvement par friction aux galets 22 et 23, les cames 25 et 26 solidaires des galets, soulèvent les repoussoirs 27 et les cliquets 28, articulés sur ces poussoirs, entraînent les rochets 29 sur lesquels sont fixés les galets enregistreurs 6.

Fig. 7. Fonctionnement du correcteur de cosinus altimétrique. Le mamelon 30, solidaire du levier d'altimétrie 13, commande par l'intermédiaire d'une bielle 31, une fourchette 32 qui, en amenant le galet à friction 22 vers le centre du rochet 21, réduit dans une proportion déterminée, le rapport des vitesses entre la commande et la réception.

Fig. 8. Dans les arcs égaux C A B et C1 B1 A1, on remarque que, sur la ligne de mire horizontale C D, la longueur a est égale à la distance a1 qui représente la position du galet de commande de planimétrie 22, par rapport au centre du rochet 21. Dans ce cas la vitesse angulaire transmise du galet de commande de planimétrie 22, par rapport au centre du rochet 21. Dans ce cas la vitesse angulaire transmise aux galets enregistreurs d'altimétrie est identique et proportionnelle à la longueur a. Sur les lignes de mire inclinées C D1 et C D2, les distances C A et C B sont enregistrées à leurs longueurs réelles et proportionnelles sur le tambour d'altimétrie, par le galet à friction, de position constante, 23 ; mais vues en plan, les distances C A et C B sont représentées par le cosinus des angles alpha c'est à dire par la longueur b. Dans ces positions inclinées, le galet à friction 22 se rapproche du centre du rochet 21 d'une distance b1 égale à la longueur b. La vitesse angulaire transmise au galet enregistreur de planimétrie est donc identique et proportionnelle à la longueur b. Il en est de même pour les inclinaisons intermédiaires correspondant à d'autres arcs.

Fig. 9. Les divers organes de l'altiplanigraphe photographiés hors de leur boîte de protection. Supposons que l'opérateur occupe, par rapport à I'aide, la position représentée sur la photographie de la figure 2. Il tient dans sa main gauche, entre le pouce et l'index, le câble mesureur déroulé de son tambour G, puis il oriente le levier d'altimétrie K dans la direction du câble tendu. Avec sa main droite, il tourne ensuite le bouton de commande d'orientation E, qui est en contact avec la boussole C, de façon à placer I'aiguille aimantée en concordance avec la ligne tracée sur la boussole, tout en maintenant l'appareil de niveau. Lorsque ces deux opérations sont effectuées, ce qui demande quelques secondes, le point de visée est fait et l'opérateur se dirige vers son aide. C'est alors que l'enrouleur à ressort F enroule à nouveau sur le tambour G le câble mesureur qui passe sur la poutre de renvoi J, puis sur la poutre de commande I. Ce câble actionne les galets enregistreurs H lesquels appuient sur les tambours A de planimétrie et L d'altimétrie ; le tracé du chemin parcouru sera marqué par les stylets enregistreurs B. Un vernier D indique en degrés l'angle que fait l'appareil par rapport au nord magnétique afin d'en faciliter l'orientation.

Nous n'insisterons pas plus longuement aujourd'hui sur un appareil qui renverse largement notre conception des instruments topographiques. On ne peut nier que l'auteur a donné satisfaction à un certain nombre des principales nécessités auxquelles doit répondre un instrument topographique : Simplicité d'emploi, légèreté, minimum d'encombrement, d'accessoires, de collaboration, d'attention, automatisme de l'exécution, enregistrement des résultats indépendants du topographe. Comme on le voit c'est un instrument dont la vie est à suivre. R. D.

 

La suite sera l'organisation d'essais dès septembre, par la profession, au Bois de Boulogne :

Article du Journal des Géomètres-Experts Français n°22 de septembre 1922 p. 301

Union des Géomètres-Experts Français

Rapport de la Commission technique

Le lendemain de la réunion générale du 2 juillet 1922, Ies géomètres étaient invités à une expérimentation de l'Altiplanigraphe inventé par M. Sensaud de Lavaud. Une quinzaine de collègues on pu répondre à cette invitation et se trouvaient à la porte Dauphine à 10 heures. Les représentants de l'inventeur ont, avec la plus grande amabilité, montré le nouvel instrument pour la description duquel nous renvoyons le lecteur au numéro de janvier 1922, du Journal des Géomètres-Experts Français.

Nous avons pu constater que la construction en était très soignée. L'instrument est muni d'un niveau sphérique et d'une aiguille aimantée permettant de donner aux galets moteurs des cylindres la position convenable pour l'enregistrement. Le principe de l'instrument est pour la planimétrie I'entraînement simultané du cylindre enregistreur dans deux directions perpendiculaires l'une à I'autre, dont la résultante dépend de l'orientement de la ligne à tracer. L'inscription se faisait d'abord par des stylets pourvus d'encre, ce qui présentait le risque de tacher les doigts au moment du maniement des cylindres, les stylets pouvaient en outre manquer d'encre ou faire des traits trop gros, l'inventeur a perfectionné ce système en adoptant des pointes d'argent et du papier au sulfure de zinc. Un autre perfectionnement projeté est le tracé d'un cercle divisé au-dessus de la boussole sur la glace qui recouvre l'instrument : ce cercle permettra, en faisant des visées inverses, d'atténuer dans une grande mesure Ies écarts anormaux de l'aiguille aimantée.

Dans I'expérience du 3 juillet, nous avons pu constater un petit écart dans la fermeture des polygones affectant approximativement la forme d'un S. En examinant et comparant I'écart aux deux points de fermeture, on constate qu'il a du y avoir des erreurs d'orientement, d'ailleurs légères, provenant vraisemblablement de la proximité d'objets en fer ou en acier (trousseaux de clés, parapluies, etc) d'un côté ou d'un autre de I'aiguille aimantée. Sur le tracé altimétrique on reconnaît bien les parties plus élevées du cheminement.

D'après l'inventeur, il ne s'agit pas d'un instrument de précision, mais d'un instrument de topographie expédiée ; envisagé ainsi, il remplit très bien son but, et on ne peut que féliciter l'inventeur d'avoir su réunir sous un poids réduit le mécanisme dessinant le cheminement périmétral d'une parcelle et celui figurant le profil en long de ce cheminement.

Quelques géomètres présents à l'expérience ont demandé au représentant de l'inventeur s'il n'y aurait pas possibilité d'amplifier Ies différences d'altitude, comme on le fait quand on dessine un profil en long ; la question mérite d'être étudiée. Nous avons eu sous les yeux les plans au 2000e obtenus avec l'altiplanigraphe en juin 1821 en présence de M. Danger ; ces plans comprennent une grande parcelle d'environ six hectares et quart et un groupe de dix-neuf parcelles représentant environ sept hectares et demi. La ressemblance avec le cadastre (de réfection récente) est frappante.

L'altiplanigraphe, nous laisse entrevoir la création d'un planimètre de terrain qui donnera la surface d'une parcelle en parcourant son périmètre ; I'invention est peut-être moins éloignée qu'on ne le suppose. Après avoir vu à l'œuvre l'altiplanigraphe, les géomètres présents à Paris le 3 juillet ont pu voir un instrument d'une construction mécanique compliquée et irréprochable appartenant à la société de Stéréotopographie. ...

Le Rapporteur : P. LEHOUX

 

Bien entendu, le doute sur l'efficacité de cette technique révolutionnaire s'installe. Un éditorial consacré à l'invasion des mathématiques dans la topographie d'alors y fait allusion :

Journal des Géomètres-Experts Français n°38 de décembre 1923 p. 573

Chronique professionnelle

A Monsieur Danger, Directeur du Journal des Géomètres-Experts Français ...

Ce qui m'attriste, c'est que vous fassiez vous-même le jeu de nos ennemis. Vôtre journal, en effet, n'est-il pas tout plein depuis quelques temps d'articles à tendances scientifiques signés d'hommes éminents, de considérations sur la précision de nos plans qui ne peuvent que semer un doute mortel dans I'esprit des propriétaires, de descriptions d'appareils qui font du levé tout seuls, comme cela, rien qu'en se les mettant sur le ventre et autres inventions toutes plus diaboliques les unes que les autres. Tenez l'un de vos derniers numéros ne faisait-il pas allusion aux déterminants ? Or, si je me sens encore assez de courage pour que vous me traîniez jusqu'aux développements en séries je vous préviens charitablement que le jour ou vous tenterez de nous lancer dans les équations aux dérivées partielles je cesserai mon abonnement !

L'auteur ne manque pas d'humour et il est difficile de résister à faire partager la suite :

... Je rentrais justement chez moi il y a quelques jours en agitant cette question lorsque j'aperçus ma domestique -une solide et robuste Polonaise- en train d'étendre sa lessive sur mon fil invar. A voir ainsi profaner cet instrument de haute précision mon sang ne fit qu'un tour. Le spectre du Bureau des Longitudes se dressait devant moi comme un remords. Oh ! stupide ignorance, m'écriai-je, la France n'aurait-elle donc affranchi la Pologne que ... Mais j'arrêtai là cette prosopopée qui eut pu rappeler les plus belles périodes de Cicéron. A ma grande stupéfaction, en effet, mon fil, ce fil fruit de plusieurs siècles de science, ne me paraissait pas autrement humilié de l'usage auquel on l'employait et je crus même remarquer qu'il se tendait assez complaisamment sous les chemises mouillées avec l'air satisfait d'un monsieur désireux de rendre service et qui se sent enfin utile à quelque chose. Après tout, pensai-je, si ça lui va je n'y vois aucun inconvénient et puisqu'il ne me sert à rien autant l'employer à faire sécher du linge qu'à se distendre dans mon grenier.

... Je vous prie d'agréer, Monsieur, l'assurance de mes sentiments confraternels.

Un Vieil Arpenteur

 

L'Organe de la Société Suisse des Géomètres n°7 du 11 juillet 1922 p. 156, reproduit à peu près le même reportage que le Journal Français de janvier 1922. L'appareil est modernisé. La boussole est remplacée par un déclinatoire (Brevet n°536651 du 11 juin 1921) . L'explication est complétée par la reconstitution de levers partiels (figures 9 et 10) et la technique "à fil perdu" est expliquée (ce qui devait obliger l'opérateur à marcher en arrière).

http://retro.seals.ch/

L'altiplanigraphe D. S. de Levaud. (pour Lavaud)

Il vient de se fabriquer en France un appareil topographique susceptible de rendre de grands services. Le principe de l'instrument consiste à enregistrer automatiquement tant au point de vue planimétrique qu'altimétrique, le cheminement parcouru par l'opérateur. Les avantages principaux de l'altiplanigraphe sont de réduire au strict minimum le matériel et le personnel nécessaires, ainsi que le séjour sur le terrain. L'appareil mesure 27/12/20 centimètres et pèse 5,8 kg. L'opérateur qui n'a pas besoin d'être un topographe de profession, peut avec l'aide d'un gamin exécuter n'importe quel cheminement dans n'importe quel terrain. Il est même possible parle procédé dit " à fil perdu " de relever sans aide un itinéraire, l'opérateur se déplaçant à pied, à cheval ou même dans une embarcation s'il s'agît de relever un cours d'eau.

Vue de l'appareil hors de son enveloppe.

Figure 1. 1. Bâti. 2. Tambour d'altimétrie. 3. Tambour de planimétrie. 4. Verrous des axes du tambour. 5. Agrafe des verrous. 6. Stylets. 7. Boussole. 8. Bouton d'orientation. 9. Levier d'altimétrie. 10. Poulie de l'enrouleur. 11. Poulie de commande. 12. Niveau à bulle d'air. 13. Vernier indicateur d'échelle. 14 Bouton de blocage du Vernier. 15. Galets enregistreurs. 16. Câble enregistreur. 17. Anneau de tirage de câble.

... Les tambours sont en général recouverts de papiers enregistreurs millimétrés pour faciliter la reconstitution du tracé. L'instrument permet l'adaptation directe à six échelles différentes: 1 : 1000, 1 : 1250, 1 : 2000, 1 : 2500, 1 : 5000, 1 : 10,000. Tous les matériaux entrant dans la construction de l'altiplanigraphe sont antimagnétiques. Le tracé sur les tambours est effectué par des stylets encrés par une encre spéciale. Pour l'enregistrement l'opérateur se rapproche de son aide jusqu'à ce que l'extrémité du levier d'altimétrie touche l'extrémité du câble. Ainsi qu'il a déjà été dit l'opérateur n'est pas obligé de marcher en ligne droite : il peut comme son aide suivre une direction sinueuse pour éviter un obstacle quelconque (mais à condition de ne pas tirer à nouveau sur le câble).

Quand il s'agit d'un relevé à petite échelle, permettant d'obtenir directement sur une même feuille, et sans reprise, le tracé total recherché, la reconstitution du tracé n'est même pas nécessaire. Lorsqu'au contraire l'échelle choisie et l'étendue du levé ne permettent pas l'enregistrement continu de tout le cheminement, il faut procéder par " tracés partiels " comme il est indiqué aux figures 9 et 10 et à l'assemblage ou juxtaposition de ces tracés.

Figure 9. Reconstitution du tracé total (Altimétrie).

Figure 10. Reconstitution du tracé total (Planimétrie).

Outre le " procédé courant " avec la collaboration d'un aide, nous avons déjà mentionné le " procédé à fil perdu " qui permet de lever rapidement le cours d'une rivière sans être obligé d'en suivre les bords ou de lever très rapidement un itinéraire sans s'occuper du profil du terrain. La bobine de fil est crochée aux côtés de la caisse et de là le câble s'enroule sur la poulie de commande pour aller ensuite se " perdre " le long du cheminement.

Au début on l'aura attaché à un point quelconque situé près du point de départ, puis on le laisse se développer en s'accrochant aux aspérités des rives et du sol ou en se posant sur l'eau. Le procédé à " fil perdu " est essentiellement économique malgré qu'il faille sacrifier le fil. Il permet l'enregistrement approximatif du profil parcouru et de plus est très rapide, la vitesse de cheminement atteignant 5 kil. à l'heure. L'exactitude du levé est approximativement de 1 : 500.

A. A.

Dimitri Sensaud de Lavaud (1882 - 1947)

Pour sa biographie, nous ne ferons pas appel au site (souvent utile) qui se veut l'Encyclopédie Universelle mais dont les contributeurs n'apportent que la lumière blafarde de leurs approximations. Nous préférons reproduire l' article suivant :

Le Petit Journal n°23.704 du samedi 10 décembre 1927

http://gallica.bnf.fr/

L'œuvre de M. Sensaud de Lavaud

(suite de la première page)

Nous avons déjà parlé à plusieurs reprises des véritables révolutions apportées dans la locomotion mécanique par M. Sensaud de Lavaud. L'Académie a précisé qu'elle accordait à celui-ci le prix Montyon pour ses "recherches sur le dandinement et le shimmy des voitures automobiles", mais elle a été vivement frappée par toutes les découvertes qui ont émerveillé les compétences et les visiteurs du dernier Salon.

M. Sensaud de Lavaud est un inventeur-né, Brésilien d'origine française, il a 45 ans et son bagage est déjà très lourd. Tous les problèmes auxquels il s'est attaqué ont été résolus de la façon la plus complète, la plus élégante. Et il ne choisit que ceux devant lesquels tous les chercheurs ont avoué leur impuissance. Dès son enfance il se passionna pour la mécanique et pour la science, montrant un esprit singulièrement pénétrant et, l'on peut dire, universel.

Le premier, en 1909, il fit de l'aviation au Brésil sur un avion et avec un moteur rotatif conçu et construit par lui. Il abandonna le plus lourd que l'air en 1912 pour se consacrer au problème de la fabrication des tuyaux par centrifugation. Pendant quatre ans, il se heurta à des difficultés sans nombre. Sans se décourager, il s'obstina et triompha. En 1916, le succès ayant couronné cette oeuvre magistrale, M. Sensaud de Lavaud créa au Canada "l'International de Lavaud Manufacturing Corporation", consortium ayant le monopole de ses licences. De 1910 à 1920, il organisa des filiales dans tous les pays du monde.

En 1920, il vient en France pour se reposer de ses longues années d'efforts. Son activité l'oblige encore à chercher. Il met au point un appareil portatif automatique, l'altiplanigraphe, pour la levée rapide des plans : l'utilité de cet appareil se révéla aussitôt, surtout aux colonies.

Puis c'est l'automobile qui attire l'éminent inventeur. Après dix ans de travaux incessants, il réalise sa transmission automatique, qui fait l'admiration de tous, même des plus sceptiques, même des concurrents, navrés de voir qu'ils vont être obligés de modifier leur système de construction. M. Sensaud de Lavaud décide ensuite de construire lui-même une voiture toute moderne, ne comprenant que ses conceptions personnelles : il y a éliminé toutes les complications, fruits de la routine et du moindre effort. Grâce à lui, la technique automobile possède maintenant une vigueur réellement scientifique.

Une série d'ouvrages, montrant un sens technique profond et lumineux, ont fait sensation dans le monde scientifique et automobile. C'est ainsi que l'Académie a tenu à accorder sa plus haute récompense à ce savant désintéressé qui, par sa théorie du shimmy, a expliqué tous les phénomènes ayant tenu en échec depuis dix ans les ingénieurs du monde entier.

Jacques Mortane.

Un musée lui est consacré au Brésil, dans la ville siège de la briquetterie installé par son père, émigré, alors que notre inventeur avait 16 ans :

Museu de Osasco Dimitri Sensaud de Lavaud

http://museudeosasco.blogspot.fr/

Traduit du Portugais (merci Google)

Il a effectué le premier vol en Amérique latine, dans la ville de Osasco, São Paulo le 7 janvier 1910.

 

 

Un ouvrage lui est consacré par Alain CERF :

http://www.editions-palmier.com

 

 

En 1921, le constructeur est d'abord E. Ravisé. Le Dépôt Général est situé 99, rue St-Lazare Paris 9e

Publicité publiée dans le Journal des Géomètres-Experts Français n°18 de juin 1922

L'Agence Générale pour l'Europe et les Colonies 99, rue St-Lazare Paris IXe est distributeur

Journal des Géomètres-Experts Français n°32 de juillet 1923

F. CAMPS (Pierre CAMPS est son cousin d'après Alain CERF) 179, rue de la Pompe à Paris XVIe devient distributeur

Cette publicité paraîtra jusqu'en 1926.

 

LE GENIE CIVIL

Revue Générale Hebdomadaire des Industries Françaises et Etrangères n°2106 du 23 décembre 1922 p. 593, publie approximativement les mêmes informations, la photo est ancienne, c'est celle du Journal de janvier 1922, les commentaires sont plus variés :

http://gallica.bnf.fr/

Travaux Publics

L'Altiplanigraphe, système D.S. de Lavaud pour les levés topographiques

La méthode employée le plus généralement pour les levés topographiques est longue, et par suite onéreuse. Elle nécessite l'emploi d'instruments délicats, dont la manœuvre exige un apprentissage assez long. Dans les forêts ou dans les terrains couverts d'obstacles, on est obligé de faire débroussailler des pistes pour obtenir des lignes de visée. Pour éviter ces inconvénients, M. D. Sensaud de Lavaud a imaginé un appareil susceptible de lever l'altimétrie et la planimétrie des terrains en enregistrant automatiquement le tracé sur un graphique. Cet appareil, l'altiplanigraphe, a encore l'avantage de ne nécessiter qu'un apprentissage insignifiant. Avec l'altiplanigraphe, il n'est pas nécessaire d'opérer le levé par rayonnement. On peut cheminer directement, sans procéder au débroussaillement.

Fig. 10.-Vue montrant les principaux organes de l'appareil. -A, tambours enregistreurs, -B, galet enregistreur, -C, stylets, -D, levier d'altimétrie, -E, poulie de renvoi, -F, poulie de commande, -G, tambour du câble mesureur, -H, enrouleur à ressort, -I, bouton de commande de l'orientation, -J, vernier mesurant l'orientation -K, boussole.

... Pour ces opérations, le personnel est réduit au minimum, les manœuvres étant très peu nombreuses. L'opérateur n'a que peu de gestes à faire, et son travail ne nécessite pas une attention très soutenue. La mise au point des résultats est effectuée au bureau d'une façon très rapide. Cet appareil peut donc rendre de grands services pour la cartographie des colonies ou des pays traversés par des colonnes d'exploration. On n'évalue pas à moins d'une centaine de millions de francs les dépenses qu'entraînerait actuellement l'établissement de la carte d'un grand pays. Des dépenses de cet ordre ne peuvent évidemment être envisagées pour relever la carte d'un pays inconnu traversé par une expédition coloniale. L'altiplanigraphe pourrait être employé dans ce cas, ce qui permettrait aux chefs de missions de rapporter des itinéraires établis sur des données certaines, d'après lesquelles on pourrait ensuite tracer des cartes précises.

Ch. D.

 

Nous n'avons pas tous les catalogues d'Henri Morin, constructeur depuis 1880, mais celui de 1936 le présente

Il est devenu : Altiplanigraphe H. MORIN Brevet DE LAVAUD. Le prix de 4.500 fr. est à rapprocher de celui du tachéomètre autoréducteur à levier H. Morin, imitation du Sanguet, qui est à 4.350 fr. en version de base avec le trépied.

Documentation MORIN avec rapport d'essai du Service Géographique du Maroc

On retrouve cet appareil en publicité dans les publications des Colonies :

Une publicité dans le Bulletin de 1926 :

L'AGENCE GÉNÉRALE DES COLONIES

Galerie d'Orléans, Palais-Royal, Paris.

Bulletin de l'Agence économique des colonies autonomes et des territoires africains sous mandat.

http://gallica.bnf.fr/

MORIN (H.) INSTRUMENTS DE PRÉCISION NIVEAUX, THÉODOLITES, TACHÉOMÈTRES, BAROMÈTRES, JUMELLES, COMPAS, RÈGLES, A CALCULS, ALTIPLANIGRAPHE nouvel appareil breveté S. G. D. G. pour les levés rapides et précis (Altimètrie et Planimétrie) avec leur enregistrement automatique. Procédé courant: 1 km. 500 à l'heure - Précision 1/500 à fil perdu : 5 kilomètres à l'heure. FOURNITURES de DESSIN et de BUREAU Nouveau Tacheoxnètre LIBRAIRIE TECHNIQUE Nouveau Tachéomètre Type TP-MAROC Envoi franco du catalogue général.

ANNUAIRE INDUSTRIEL, 1938 TUNISIE

www.entreprises-coloniales.fr

MORIN (H.), Soc. an. Boyelle et Beau, 11, r. Dulong, Paris, 17e. T. Carnot 09-13 (5 lignes). Ad. t. Lerimoi-Paris. Code : A.B.C. 5e éd. - Représentants : Tunisie : M. Chansons, Tunis ; Italie, Espagne, Suisse, Portugal ; Agent général, Paul Demaria, 173, qu. de Valmy, Paris, 10e ; Belgigue : Établ. H.V.L., 155, r. de Laeken, Bruxelles ; 24, r. des Carmes, Liège ; 10, Klapdors, Anvers. Instruments de précision : topographie, géodésie, nivellement, appareils de mesure et de contrôle, vérificateurs. Machines pour essais des métaux, appareils de météorologie et d'observation. Appareils de Laboratoire et d'enseignement, de mathématiques et de dessin. Organisation moderne de bureaux. Imprimerie. Librairie technique. Dessin, outillage, calibres. Spécialité de théodolites et tachéomètres usuels et autoréducteurs (Moinot, Morin-Despiau, Travaux publics Maroc, Service topographique de Tunisie). Altiplanigraphe, breveté S. G. D. G. pour levés rapides et précis.(17-15).

 

L'exemplaire en notre possession porte le n°31.Il est pourvu du déclinatoire et du rapporteur gravé sur la vitre. Il est divisé en 40 dizaines de grades, certainement pour en faciliter la lecture.

Nous ne savons pas ce qu'il reste de sa diffusion.

Il en est apparu deux modèles aux enchères :

- le premier au Royaume-Unis le 30 janvier 2001 :

Canterbury Auction Galleries 40 Station Road West Canterbury United Kingdom CT2 8AN Description: An Altiplanigraphe by E. Ravise, Paris - the metal cased instrument with recording Altimeter and Planimeter, with twin recording rolls and sliding glass cover, 10.5ins x 4.75ins x 8ins high, contained in original leather carrying case and complete with original bill of sale of H. Morin, 11 Rue du Long, Paris, dated 20th November 1925

Lot 269: An Altiplanigraphe by E. Ravise, Paris - the metal cased instrument with recording Altimeter and Planimeter, with twin recording rolls and sliding glass cover, 10.5ins x 4.75ins x 8ins high, contained in original leather carrying case and complete by Canterbury Auction Galleries January 30, 2001 Canterbury, United Kingdom

La facture Morin, de 1925, prouve qu'il a été commercialisé à cette date, au moment de la disparition de la publicité dans le Journal. Peut-être faisait-il partie du catalogue depuis lors ?

- Le second s'est vendu aux Etats-Unis le 31 mai 2014 à un heureux collectionneur inscrit au : Surveying & Engineering Stuff Collectors

Cottone auctions http://www.cottoneauctions.com/

Leveling Aneroid & Altimeter

La plaque indique ALTIPLANIGRAPHE D.S. DE LAVAUD BREVETE S.G.D.G. E. RAVISÉ CONSTRUCTEUR PARIS

Il est vraiment à l'état neuf, ce qui n'est pas le cas du nôtre , construit par H. Morin, qui a dû beaucoup servir au Service des Eaux et Forêts de Grenoble.

Nous espérons en répertorier d'autres exemplaires.

Michel Chinal décembre 2014

 

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